Article de Time Magazine au sujet d'AFIG Funds


La Génération des Rapatriés
Par Vivienne Walt (Traduction partielle. Version originale et intégrale sur notre site en anglais)

Retour des cerveaux: Les anciens traders de JPMorgan, Patrice Backer, gauche, et Papa Ndiaye dirigent une firme de private equity à Dakar, Sénégal. Photo : Finbarr O'Reilly / Reuters pour Time



Malgré sa richesse pétrolière, le Tchad affiche une corruption rampante, une eau courante encore insalubre, peu de routes goudronnées et un réseau électrique rafistolé. Il est classé comme le deuxième pays le plus dysfonctionnel au monde, après la Somalie, selon l’Indice 2011 Failed State Index réalisé par l’association basé à Washington «Fund for Peace ». En bref, le Tchad semble être un cauchemar pour toute entreprise – à moins que vous soyez Papa Madiaw Ndiaye, 45 ans, ou Patrice Backer, 44 ans, de l’Advanced Finance & Investment Group, une société de gestion de fonds d’investissements à Dakar, au Sénégal, qui a investi environ 72 millions de dollars dans des institutions financières africaines, dans l’agriculture et les mines. Ndiaye, fondateur et PDG du fond, et Backer, le directeur de l’exploitation, réflechissent à comment devenir riches depuis qu’ils sont devenus meilleurs amis alors qu’ils étaient étudiants de première année à l’Université Harvard et durant leur travail ensemble chez JPMorgan. Quelques décennies plus tard, l’an dernier, leur investissement le plus lucratif était une banque au Tchad. «Ce sont des opportunités faciles», affirme Ndiaye, décrivant le climat des affaires en Afrique. « Il n’y a pas de concurrence. Si vous savez ce que vous faites, c’est une aubaine. »


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La nécessité de saisir rapidement de nouvelles opportunités sur un continent en mouvement est une leçon que Ndiaye et Asamoah disent avoir appris en 2000 au Nigeria alors qu’ils effectuaient un bref voyage d’affaires. « Nous étions à Lagos, et avons réalisé que nous ne pouvions pas passer d’appel téléphonique car il n’y avait que 400 000 lignes fixes et aucun service de téléphonie mobile» dit Ndiaye. Dans les quatre mois qui suivirent, deux compagnies de téléphonie mobile s’installèrent. Aujourd’hui le Nigeria est le plus grand marché de téléphonie mobile en Afrique avec 83 millions de téléphones. Le duo contemple aussi les innombrables opportunités visant à capitaliser sur les besoins d’une classe moyenne Africaine en plein essor, y compris des milliers de jeunes membres de la « Génération Rapatriée ». Ces personnes «veulent toutes sortes de choses, comme la dernière TV et du bon yahourt», explique Asamoah. Ndiaye dit que pendant des années aux Etats-Unis, lui, Backer et Asamoah “parlerait des transactions de M & A en Amérique latine et en Asie et se demandaient quand ces mêmes transactions se produiraient en Afrique. Nous avons pensé que cela arrivera peut-être pour nos 70 ans.”


Des décennies plus tôt, les trois amis ont surfé la vague. Ils se sont retrouvés à Lisbonne en Juin pour la réunion annuel de la Banque Africaine de Développement, une institution de prêt à laquelle 53 pays africains appartiennent. Time les a rencontrés dans la suite de l’hôtel de luxe que Ndiaye occupait afin de discuter de leur vie, ils étaient réunis dans leurs costumes sur mesure et cravates, à contempler l’image de leur réussite. Ils expliquent que la réunion annuelle de la banque est devenu un endroit clé pour découvrir des opportunités dans certaines des industries dans lesquelles ils investissent, comme les services aux mines ou la transformation alimentaire, et rechercher de nouveaux talents avec qui travailler ou à recruter. Quand je leur dis que je viens de rencontrer Helder Jardim Balsa, un angolais de 26 ans, diplômé en Décembre dernier de l’Université de Californie à Los Angeles, et qui dirige aujourd’hui un cabinet de conseil environnemental à Luanda, en Angola, Ndiaye saisit un stylo et me demande le numéro de téléphone de Balsa. «Nous sommes toujours à la recherche», dit-il.


En fait, après avoir passer des années à tenter de convaincre de jeunes émigrés africains septiques à l’idée de rentrer chez eux, Ndiaye, Backer et Asamoah disent que lors de réunions comme celle de Lisbonne ils sont assailli par des Africains diplômés et talentueux qui cherchent des conseils quant à la possibilité de sauter le pas. L’intérêt est si grand que Ndiaye explique qu’il a commencé à essayer de diminuer les attentes des jeunes Africains, dont certains imaginent qu’un tapis rouge leur sera déroulé quand ils rentreront à la maison. «Je leur dis qu’il n’y a personne qui les attend à l’aéroport pour leur dire:« Oh, vous avez fait Harvard? Quel poste ministériel désirez-vous? », Explique Ndiaye, qui a obtenu un MBA de Wharton, la business school de l’Université de Pennsylvanie, après avoir obtenu un premier diplôme à Harvard. «Il y a aujourd’hui tant de gens avec le même profil qui se battent pour avancer», dit-il. Malgré cela, ils insistent sur le fait que la plupart des rapatriés voient leur carrière évoluer plus rapidement que les Africains qui restent dans la finance en Europe et aux Etats-Unis et ils ne doutent pas de quelle est l’option la plus attirante. «C’est la chose la plus grisante, intéressante, passionnante – et déprimante – que j’ai faite dans ma vie», dit Asamoah.


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Les problèmes sont bien réels. Mais jusqu’à présent, aucun de ces problèmes n’a forcé Ndiaye, Backer ou Asamoah à abandonner leur carrière africaine et à retourner en occident. En bons « investisseurs frontière », ils insistent sur le fait que ceux qui sont sur le terrain vont saisir les meilleures opportunités avant les autres. «Vous ne pouvez pas faire cela depuis New York ou Washington et juste espérer que tout se passe bien», affirme Ndiaye, qui reconnaît néanmoins que sans les coupures de courant, les mauvaises routes et tout les autres difficultés logistiques quotidiennes, la vie est beaucoup plus facile – sinon ennuyeuse – en Occident. «L’Afrique n’est pas pour tout le monde», dit-il. «En fait, c’est pour très peu de gens. Cela fait partie de l’amusement. » Avec pour bruit de fond le son d’un générateur électrique, il consulte le business plan d’un entrepreneur de plus recherchant à financer son rêve.